Affichage des articles dont le libellé est 1972 - L'Anti-Oedipe. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1972 - L'Anti-Oedipe. Afficher tous les articles

mercredi 30 avril 2014

L'Anti-Oedipe (chapitre 1) : Les machines désirantes (3)

Voilà qu'une nouvelle machine intervient, apportant quelque chose de nouveau. Une puissance « solaire », écrivent Deleuze et Guattari. Après les machines désirantes (production de production), la machine paranoïaque (répulsion) et la machine miraculante (attraction), ces deux dernières se réconcilient et forment la machine « célibataire », au bout de laquelle le sujet apparaît petit à petit, tout comme la perception et la pensée. Le schizo plonge alors dans l'hallucination et le délire. Et depuis la nature, il s'enfonce dans la culture; car, la folie du schizo n'est autre que le devenir-sujet...

*

« Comment a-t-on pu réduire la synthèse conjonctive du "C’était donc ça!", "C’est donc moi!" à l’éternelle et morne découverte d’Œdipe, "C’est donc mon père, c’est donc ma mère…" ? »
Gilles Deleuze, L’Anti-Œdipe, p. 27.

Brève récapitulations avant d’entamer la troisième partie du premier chapitre de l’Anti-Œdipe : la production de production engendre la production d’enregistrement; et celle-ci se rabat sur celle-là. Tel est le processus. C’est alors que la consommation survient, prenant le relais par rapport à l’enregistrement sur la surface d’inscription de celle-ci; car, toute production désirante – même en plein processus – est consommation, c’est-à-dire volupté et consumation. Les machines désirantes se consument à travers leurs recoupements, et même dans leurs rapports avec les corps sans organes (offensifs du point de vue de la machine paranoïaque; réactifs du point de vue de la machine miraculante). Or, la consommation ne l’est pas pour un sujet. Du moins, pas encore, le sujet n’ayant pas été repéré sur la surface d’enregistrement.
De la consommation au niveau de la production désirante découle une réconciliation entre les machines paranoïaque et miraculante – entre la répulsion et l’attraction; et de cette réconciliation surgit une nouvelle machine, laquelle fonctionne en tant que retour du refoulé : la machine célibataire. Celle-ci résulte autrement dit de l’alliance entre les machines désirantes (production de production) et le corps sans organes (production d’enregistrement). En surgit un « organisme glorieux », une « humanité nouvelle » – une synthèse conjonctive de consommation dont la forme est : « C’était donc ça! » Avec la machine célibataire apparaît une consommation dans l’actuel sous l’aspect d’un plaisir auto-érotique ou automation, suivant la volupté de la production désirante. De plus, la machine célibataire est créatrice de quantités intensives.
De telles intensités sont positives. Et vu leur origine, étant issues de la machine célibataire, il va sans dire qu’elles sont le produit de la répulsion, de l’attraction et de leur opposition – lutte incessante entre les machines désirantes et le corps sans organes, le tout inscrit dans les processus productifs. Cette lutte à la source des intensités pures provoquent des états de nerfs tout aussi intenses. L’attraction et la répulsion remplissent ainsi le corps sans organes en fonction d’un cercle d’éternel retour. De la machine désirante au corps sans organes; du corps sans organes à la machine désirante… Puis, la machine célibataire comme rejeton des machines paranoïaque et miraculante… Lutte attractive, lutte répulsive… Opposition et réconciliation… Que d’intensités en ce lieu où tout est vie. Où tout est vécu. On ne peut parler ici de représentation. C’est la vie même dans tous ses processus de production. La consommation d’intensités pures n’a donc rien à voir avec les figures familiales de la psychanalyse. Le tissu œdipien est étranger au vécu, étant de l’ordre de la représentation. Et de représentation, il n’y en a pas encore; d’autant que le sujet commence à peine à être repéré.
De fait, il erre sur le corps sans organes, au milieu des codes et des inscriptions, tout près des machines désirantes. Le sujet tel qu'entrevu s’avère étrange, sans identité fixe. Il naît, puis renaît à mesure que les états s’enfilent le long du processus propre à la machine célibataire. Le tout s’effectue bien sûr à coups de répulsion et d’attraction. Deleuze et Guattari évoquent alors Klossowski, qui a bien vu les processus intensifs sous-jacents au sujet – à savoir la Stimmung en tant qu’émotion matérielle, constitutive de la pensée-délire et de la perception-hallucinatoire. Une série d’états intensifs se chevauchent sur le corps sans organes par la force de l’attraction-essor et de la répulsion-décadence. Et c’est alors que le schizo s’arrache de son statut d’Homo natura au profit de l’Homo historia.


La donnée hallucinatoire (je vois, j’entends – la perception) et la donnée délirante (je pense – la raison) présupposent un « je sens » plus profond : le sujet. Celui-ci offre aux hallucinations l’objet projeté; et au délire, le contenu intérieur. Bref, de la machine célibataire surgit d’abord l’émotion primaire (la Stimmung, les intensités pures, les devenirs et les passages). Puis, en second viennent le délire et l’hallucination – la pensée et la perception…

lundi 31 mars 2014

L'Anti-Oedipe (chapitre 1) : Les machines désirantes (2)


À présent que les machines désirantes ont été définies comme ce qui relève de la production, contrairement au corps sans organes, qui relève de l'anti-production, il faut mettre de l'avant le conflit qui en découle; car, les machines désirantes ne marchent que détraquées, produisant activement au nom de la vie tout en engendrant le corps sans organes comme instinct de mort suivant la souffrance du corps, lequel refuse d'être dans un état figé. Et, comme nous le verrons, le corps sans organes ne peut supporter le bruit de la production des machines désirantes, au point où il se retourne contre elles... En parallèle, un nouveau rapport prend place dans la seconde partie du premier chapitre de l'Anti-Oedipe : celui entre la loi de la production de production (propre à la production désirante et à la production sociale) et la loi d'enregistrement (propre au corps sans organes et au socius). Il va sans dire que la machine deleuzo-guattarienne gagne en armes pour mieux attaquer la psychanalyse et son jeu de « papa-maman »...

*

« Chaque connexion de machines, chaque production de machine, chaque bruit de machine est devenu insupportable au corps sans organes. Sous les organes il sent des larves et des vers répugnants, et l’action d’un Dieu qui le salope ou l’étrangle en l’organisant. »
Gilles Deleuze, L’Anti-Œdipe, p. 15.

Les machines désirantes produisent, fonctionnent et se détraquent, engendrant le corps sans organes improductif comme instinct de mort. Vie et mort, production et anti-production : il ne peut découler de telles contradictions qu’un état de conflit. C’est de cette opposition entre les machines désirantes et le corps sans organes que traite la seconde partie du premier chapitre de l’Anti-Œdipe. Le corps sans organes ne tolère pas le bruit, la production et les connexions machinales. Tous ces flux lui sont infernaux, insupportables. C’est pourquoi il leur oppose sa surface glissante, opaque, tendue, semblable à un fluide amorphe, indifférencié. Et aux mots phonétiques, aux sons de la langue parlée, il oppose des souffles et des cris sous la forme de blocs inarticulés, comme dans un gigantesque théâtre de la cruauté.
Le conflit s’explique de deux façons, suivant deux étapes coexistantes dans un même processus. D’abord, les machines désirantes cherchent à briser le corps sans organes, à le rompre par effraction; et le corps sans organes réagit de manière répulsive, éprouvant les agressions de ces appareils de persécution que sont devenues les machines désirantes. L’action d’effraction de celles-ci : voilà ce que Deleuze et Guattari appellent la machine paranoïaque. Le corps sans organes est donc persécuté par la machine paranoïaque, cherchant alors – et c’est ici la seconde explication du conflit – à se rabattre à son tour sur les machines désirantes, sur la production qu’il attire vers lui pour se l’approprier. Cette fois, il ne réagit plus à l’assaut de la machine paranoïaque, surpassant du coup son état de répulsion. Il agit comme attraction, donnant lieu à la machine miraculante. Et les deux machines – paranoïaque-répressive et miraculante-attractive – coexistent au sein du conflit entre les machines désirantes et le corps sans organes. De plus, alors que les machines désirantes se détraquaient, produisant l’instinct de mort qu’elles cherchaient à briser, imposant ses flux productifs au fluide improductif – alors que les organes des machines désirantes se brisaient par un tel détraquement et une telle poussée offensive contre l’instinct de mort, voilà que celui-ci l’attire miraculeusement vers lui, se l’approprie de telle sorte que les organes sont régénérés, que les machines désirantes se réparent. Ainsi, les machines miraculantes rétablissent les machines désirantes de par leur caractère attractif; tandis que les machines paranoïaques, subsistant toujours en parallèle, rient en sourdine de leurs voix railleuses, prêtes pour de nouveaux détraquements. Prêtes à démiraculer ce que les machines miraculantes ont réparé…
Deleuze et Guattari nous préparent ensuite au rapport entre la schizophrénie et le capitalisme en affirmant qu’il y a un parallèle entre la production désirante et la production sociale. Semblables au corps sans organes, les formes de la production sociale recèlent un caractère improductif et inengendré. Bref, un élément d’anti-production. Cette « station improductive », c’est le socius – à savoir le capital, corps despotique de la terre. Parallèlement au rapport entre la production désirante et le corps sans organes, il y a donc celui entre la production sociale et le socius. Celui-ci s’apparente à une surface où la production s’enregistre. C’est dire que le capital (en tant que corps sans organes du capitalisme) tient lieu de surface d’enregistrement, laquelle se rabat sur l’ensemble de la production. Encore du fixe et du figé qui entrent en conflit avec des processus de production… Il en résulte ce monde pervers, ensorcelé, dont parlait Marx : le monde fétichiste (mouvement objectif apparent).
Du reste, précisons que la loi de l’enregistrement diffère de celle de la production de production. Celle-ci constitue une synthèse connective ou de couplage. Or, lorsque les connexions productives passent des machines désirantes au corps sans organes (pour la production désirante) ou du travail au capital (pour la production sociale), elles sortent de la loi de production de production au profit d’une autre loi : celle de l’enregistrement. Cette loi exprime une distribution vis-à-vis de l’élément non productif, considéré comme présupposé naturel ou divin. Un réseau de synthèses nouvelles se tisse alors entre les machines qui s’accrochent sur le corps sans organes, pareilles à des points de disjonction. Le « et puis » conjonctif laisse place au « soit… soit » disjonctif. Il ne s’agit plus de machines qui se connectent et se recoupent, mais de machines qui, cramponnées au corps sans organes, se distribuent et se disjoignent suivant la loi de l’enregistrement. Ici, on ne parle plus de libido comme énergie connective par rapport à un travail, mais d’une énergie d’inscription disjonctive – sorte d’énergie divine (quoique le corps sans organes ne soit pas Dieu) que Deleuze et Guattari appellent le Numen. C’est une sorte d’énergie divine dans la mesure où le divin est simplement le caractère d’une énergie de disjonction, de déconnexion. Non plus le « et puis » libidinal, mais le « soit… soit » divin ou le Numen.
Ainsi, sur le corps sans organes, suivant la loi d’enregistrement, le Numen se distribue. Puis, les disjonctions s’y établissent sans qu’il y ait pour cela la moindre projection; de fait, cette production de la disjonction comme anti-production se suffit à elle-même. Dans ce cas, pourquoi la psychanalyse a-t-elle eu recourt à la projection papa-maman afin d’expliquer les phénomènes de psychose ? C’est sur le corps sans organes que tout se déroule; c’est sur lui que tout s’enregistre. Le schizo comme Homo natura dispose d’un code d’enregistrement fluide – code délirant-désirant qui ne concorde pas avec le code social propre au capital. En outre, il passe d’un code à l’autre, sur la surface du corps sans organes – lieu divin de la disjonction, où l’ensemble des codes apparaît brouillé de manière schizophrénique…

samedi 29 mars 2014

L'Anti-Oedipe (chapitre 1) : Les machines désirantes (1)

Prenons une pose de Hume et allons voir un peu du côté de l'Anti-Œdipe, livre coécrit avec le psychanalyste Félix Guattari. Il s'agit ici seulement de la première partie du premier chapitre, où les notions de machines désirantes, de schizophrénie et de production sont introduites, avec quelques autres thèmes à peine effleurés, tels que le capitalisme et l'industrie. L'idée principale est simple : tout est production. Contre la psychanalyse qui valorise le jeu œdipien de « papa-maman », il s'agit d'aller voir du côté de la schizophrénie, ce monde de machines actives qui produisent sans cesse, au point de se détraquer, les organes qu'elles engendrent refusant leur état figé. Et le caractère détraqué des machines font jaillir le corps plein sans organes, à savoir l'instinct de mort. Ouvrage difficile, j'espère que ce résumé en cours éclaircira un peu l'Anti-Œdipe, qui a marqué toute une époque.


« Ça fonctionne partout, tantôt sans arrêt, tantôt discontinu. Ça respire, ça chauffe, ça mange. Ça chie, ça baise. Quelle erreur d’avoir dit le ça. Partout ce sont des machines, pas du tout métaphoriquement : des machines de machines, avec leurs couplages, leurs connexions. »
Gilles Deleuze, L’Anti-Œdipe, p. 7.

Avoir dit le ça : telle fut l’erreur de la psychanalyse. Deleuze et Guattari la dénoncent dès la première page de l’Anti-Œdipe. Au lieu de parler du ça, il faut parler de machines – et mieux encore : de ­machines de machines. C’est que les machines se couplent, se connectent entre elles. Sans quoi elles ne pourraient fonctionner, respirer, chauffer, manger, ni même chier et baiser… Ce sont des machines désirantes. Elles sont binaires en ce sens qu’une machine est toujours couplée avec une autre. Du reste, l’ensemble des machines désirantes, lesquelles produisent et reproduisent à travers leurs couplages et leurs connexions sans fin, voilà précisément ce que Deleuze et Guattari nomment schizophrénie. Le schizophrène, c’est celui qui vit la nature en tant que processus de production dans l’univers des machines désirantes. La nature est d’ailleurs à distinguer de l’industrie, là où les rapports s’établissent entre les êtres humains et la société; là où le capital, la division du travail et la fausse conscience propre au capitaliste s’inscrivent. Notons au passage que le rapport nature-industrie n’est pas sans lien avec le sous-titre de l’ouvrage : capitalisme et schizophrénie. C’est donc un schizophrène actif que décrivent Deleuze et Guattari, un schizophrène producteur qui se promène ici et là au lieu de s’étendre sur le divan du psychanalyste, à la manière du névrosé.
Maintenant, demandons-nous ce qu’est la production propre à la nature du schizophrène. Quelle est en effet cette production au sein des machines désirantes ? Elle est deux choses : d’abord consommation (voluptés, angoisses, douleurs…), puis enregistrement (distribution, repérage…). Tout est production; et de même que les machines sont machines de machines, les productions sont productions de productions – productions-actives de productions-passives. Cette synthèse reproductive (production de production) est tout entière connexion et revêt la forme du « et » et du « et puis ». Une machine produit un flux, et une autre lui est connectée; par exemple, le sein donnant du lait et la bouche venant s’y abreuver. Telle est le caractère binaire des machines désirantes et de la production : un objet suppose la continuité d’un flux (le sein donnant du lait); et un flux suppose la fragmentation d’un objet (la bouche du bébé qui a soif). Toute machine-organe interprète au demeurant le monde suivant le flux qu’elle produit, de même que l’énergie qui flue en elle. Ainsi l’œil interprète-t-il le monde en terme de voir, le parler en terme de dire, l’entendre en terme d’écouter – de même pour le chier, le baiser, etc. Tout entre dans un rapport de connexions à travers des séries binaires entre une machine-productrice-active et une machine-productrice-passive. Connexions et couplages, toujours.
Du produire (flux, devenir) se greffe alors sur du produit (être figé). Tel qu’anticipé plus haut, la production désirante est à comprendre en tant que production-active (le processus, l’en train de se faire – thème cher à Deleuze) d’une production-passive (objet fixe). Univers de machines de machines… Et le producteur, l’universel producteur n’est nul autre que le schizophrène. Avec lui, la distinction produire-produit n’est pas effective. Il est producteur, rien d’autre. Les rapports qui en découlent lui importent peu. Est-ce à dire qu’avec une telle pensée de la machine désirante comme production naturelle, comme bricoleuse lévy-straussienne, il n’y a pas lieu d’évoquer un quelconque plaisir de transgression issu d’un jeu de « papa-maman », comme le fait la psychanalyse ? Produire du produire : telle est la production primaire, le caractère essentiel des machines désirantes. Tout est production, répétons-le. Et nom un jeu œdipien qui tirerait son origine de papa et de maman.
L’ensemble s’inscrit en somme dans un monde schizophrénique de processus productifs. Il y a trois sens du processus à distinguer. Le premier concerne l’enregistrement et la consommation, qui sont tous deux portés dans la production de manière à ôter toute distinction entre la nature et l’être humain. Il en découle une identité entre la nature et l’industrie en ceci que l’être humain produit lui aussi, pareil aux machines désirantes. Il y a une production de l’homme par l’homme, l’être humain étant touché par la vie profonde de l’univers schizophrénique. Ainsi est-il créateur par nature avant de se perdre dans les rapports industriels d’utilité. Le second sens de la notion de processus porte sur l’être humain et la nature comme seule et même réalité du producteur et du produit, qui ne se trouvent pas l’un en face de l’autre, étant identifiables par essence. De sorte que le schizo peut être posé en tant qu’Homo natura, rendant possible une psychiatrie matérialiste où l’on peut discerner toute les formes de productions naturantes. Quant au troisième sens, il s’agit du processus en tant qu’il n’est pas un but ou une fin; il n’y a guère de causation (les relations de cause à effet) à chercher dans les processus de production. Tout but et toute fin ne concernent pas le schizophrène actif des machines désirantes, mais le schizophrène passif, artificiel, tel que nous le trouvons dans les hôpitaux psychiatriques. Ce schizophrène n’est qu’une loque autistisée, une entité produite, contrairement au schizophrène productif.
Du reste, bien qu’ils soient distincts, Deleuze et Guattari parlent néanmoins d’une identité entre le produire et le produit. Par la production, tout se fige dans un produit; et puis, tout recommence dans un nouveau produire. Les machines produisent un organisme, mais le corps souffre d’être organisé ainsi et non autrement. C’est alors que les automates se figent, s’arrêtent afin de laisser monter le fruit de leurs articulations : une masse inorganisée, appelée corps sans organes – notion empruntée à un poème d’Antonin Artaud. Ainsi, le corps sans organes s’apparente à quelque chose de figé, comme une espèce d’être s’opposant au devenir. Il est de surcroît le lieu même de l’improductivité – il est stérile, inengendré, inconsommable, sans forme et sans figure. Le corps sans organes doit être compris comme l’instinct de mort. Certes, les machines désirantes qui lui sont sous-jacentes en tant qu’elles l’évoquent de par leur incessante production désirent la vie dans l’univers de la schizophrénie, dans cette sorte de working machine; mais elles désirent également la mort, le corps plein de la mort – c’est-à-dire le corps sans organes – étant son moteur immobile. Bref, les machines désirent la vie-productive et la mort-improductive. Elles produisent par un désir de vie un corps organisé qui souffre d’être de la sorte, puis s’arrêtent par un désir de mort pour faire jaillir le corps plein sans organes. Les machines désirantes se détraquent ainsi, sont détraquées et se détraquent encore et toujours… Elles aspirent à la vie d’un côté, à la mort de l’autre, ce qui vient perturber leur équilibre.
Le corps sans organes est donc le produit du caractère détraqué des machines, de cette synthèse connective entre le produire et le produit. Il est sans image, improductif. C’est l’anti-production même; de sorte que l’identification du produire et du produit tire sa source de la production qui se couple à l’anti-production – comme la vie marche main dans la main avec la mort.